La raison de cette petite présentation : voilà quelques temps , une petite délégation de “KOGIS” , peuple premier du nord-est de la Bolivie , est venu visiter la commune de Quilly … pour échanger , partager , pour confronter leurs savoirs ancestraux et nos savoirs scientifiques sur l’eau et les roches , les pouvoirs de l’eau , sa circulation , les fontaines et particularités locales … parmi les particularités de ces lieux , à Quilly donc , il y avait aussi sa géologie: ainsi je fus donc sollicité pour présenter une de ces petites richesses géologiques : la Calcédoine .

Depuis fort longtemps , la présence de ce petit trésor géologique est connu des locaux à Quilly (44).
Charles Barret , dans son inventaire minéralogique de la “Loire Inférieure” , la répertorie pour la première fois , officiellement , vers le milieu du XIX ème siècle !
Les champs ont été parcourus ensuite en tout sens et de nombreuses fois par moult passionnés , fascinés par ses couleurs et ses formes variées .
La CALCEDOINE :

Ci-dessus le faciès “classique de la calcédoine de Quilly …. mais celle-ci , suivant les impuretés ou oxydations qu’elle contient , peut prendre bien des formes et surtout des couleurs différentes , parfois fort jolies !




Avec un peu de couleurs …




La calcédoine a été décrite la première fois dans les environs de la ville de “Chalcédoine” … région du Bosphore , et de la Turquie actuelle … d’où son nom .
C’est un dioxyde de silice (SiO2) … la même formule que le quartz , si ce n’est que la calcédoine est une variété micro/cryptocristalline de quartz ; c’est à dire que les cristallisations sont microscopiques et donc non visibles à l’oeil nu !
*pour exemple , et bien différencier les deux , un quartz de la même localité avec ses petites cristallisations typiques :

NB : la calcédoine n’est pas vraiment rare en France … mais , parmi les différents gisements et faciès connus , la calcédoine de Quilly y a plutôt une bonne place et est assez reconnaissable pour les “initiés”.
De la Calcédoine à Quilly ??
Mais pourquoi trouve-t-on donc de la calcédoine à cet endroit-là particulièrement ? … cela commence comme souvent par une bonne vieille carte géologique :
La carte géologique :

La Péridotite :
Il faut tout d’abord noter , en concomitance avec la présence de la calcédoine , l’existence de quelques lentilles de Péridotites serpentinisées (la bande centrale verte , sur la carte). La péridotite est une des roches prédominantes du manteau terrestre (à environ 70 / 100 km de profondeur) , elle est composée principalement de pyroxène et d’olivine .
La Serpentinisation :
Au niveau des grandes dorsales océaniques ou bien moins fréquement des zones de subduction , la péridotite , cette roche des profondeurs de la terre , à cause des mouvements des plaques tectoniques , se retrouve dans un milieu avec des températures sup. à 600° , des pressions élevées et surtout une grande quantité d’eau … cet environnement provoque quelques transformations : elle commence alors à se “serpentiniser” .
La serpentinisation est une altération , transformation/métamorphisation qui transforme le pyroxène et l’olivine , constituant principaux de la péridotite , en serpentine (les trois minéraux principaux du groupe sont : le Chrysotile , l’Antigorite , la Lizardite) tout en libérant de la silice et certains autres minéraux métalliques tels que le fer (la Magnétite) …
C’est cette silice libérée qui ensuite par les fluides hydrothermaux percole à travers la roche et se re-dépose secondairement . Ces dépots de silice peuvent donc entrainer suivant les conditions environnementales une formation de Quartz , de Calcédoine voire même d’Opale … Il se trouve donc que toutes les conditions se sont par hasard trouvées réunies à cet endroit pour la formation de ces belles CALCEDOINES !!
Ci-dessous , sur le point 6 , un exemple de possibilité d’hydratation de la péridotite en zone de subduction …

*le phénomène de la serpentinisation , qui nécessite donc toujours de grandes quantités d’eau , s’accompagne d’une dilatation importante de la roche avec des fracturations , des failles et fissures , qui facilitent donc le dépôt secondaire de la silice contenue dans les eaux circulantes à travers la roche .
La Serpentine :

L’aspect en “écailles de serpent” de l’Antigorite (un des trois principaux minéraux de ce groupe) illustre assez bien la raison pour laquelle on a donné ce nom de serpentine et de serpentinisation …



*La péridotite en fin d’altération , de serpentinisation , se présente parfois comme un “quartz carié” , du fait de sa dégradation progressive :

ET PUIS :
Une autre théorie intéressante est que ce phénomène est accentué , complété , secondairement par les eaux “météoritiques” et la chaleur (+/- 50°) atmosphérique , ceci bien entendu sur les affleurements émergents et terrestres (ces terres ont connu plusieurs épisodes tropicaux , pluvieux avec chaleur excessive)…
Et puis , pour boucler la boucle , il a aussi été constaté localement une teneur assez importante de silice dans les eaux des fontaines environnantes… ce qui peut laisser supposer que , à minima, le phénomène de serpentinisation continue et que , peut-être , actuellement de la calcédoine continue à se former dans les anfractuosités profondes de la lentille de péridotite serpentinisée !!
PS : toutes les pièces (sauf deux) présentées sont des trouvailles personnelles faites avec l’accord des propriétaires des terrains concernés .
J-L Talneau Nov 26